Une nouvelle chronique sur Du9.org

Je signe cette semaine une nouvelle chronique sur du9.org, consacrée à La planète des Vülves de Hugues Micol. Pour la consulter, c’est par ici => http://www.du9.org/chronique/la-planete-des-vulves/

Par ailleurs, je rappelle ma première chronique publiée en juin dernier.  Je revenais sur une adaptation réussie de quatre nouvelles de Charles-Ferdinand Ramuz, dessinée et scénarisée par Matthieu Berthod: http://www.du9.org/chronique/lhomme-perdu-dans-le-brouillard/

L’actualité du digital comics avec Infinity.

Les deux premiers numéros d’Infinity

Depuis juillet 2012,  les lecteurs anglophones peuvent profiter d’un nouvel bimensuel consacré à la BD numérique. Reprenant le nom d’un fanzine des années 80 et édité par Panel Nine Publishing, le magazine Infinity revient sur l’actualité du digital comics à travers des news (dernières applications disponibles, projets en préparation etc.), des interviews d’auteurs et de scénaristes, des extraits inédits d’oeuvres encore en gestation, des artworks etc. Support numérique oblige, le magazine contient des extraits sonores et des liens hypertextes, permettant un accès direct aux réseaux sociaux ou à des compléments d’informations sur la toile (articles journalistiques, site personnel d’un artiste  etc.). Plutôt bien pensé, même si des améliorations seront sans doute apportées dans les prochains mois, Infinity est une source sûre pour ceux ou celles qui souhaitent garder un oeil sur l’évolution de la BD numérique aux Etats-Unis. Un seul bémol, ou plutôt deux: il faut posséder un Ipad et lire l’anglais.

Pour télécharger les deux premiers numéros d’Infinity : http://itunes.apple.com/in/app/infinity-digital-graphic-novels/id540599442?mt=8

Un nouveau venu sur la scène numérique et une tentative d’interprétation bancale

Pour commencer ce billet, voyons comment le Petit Robert définit l’expression un pavé dans la mare : « événement inattendu qui apporte la surprise et le trouble dans une situation tranquille ». Cette parenthèse dictionnarique peut certes surprendre, surtout sur un blog censé parler de BD numérique. Eh bien, sachez que sa présence est tout à fait justifiée, et constitue une façon assez maladroite, je l’avoue, d’introduire un nouveau venu sur la toile : lapavenumerique.com. Ce site, fondé par un cercle d’auteurs, se donne pour objectif de diffuser quotidiennement des textes et des BD numériques. Si quelques extraits sont consultables gratuitement, un abonnement mensuel de trois euros est nécessaire pour lire les œuvres en intégralité, ôter les vilaines publicités qui polluent visuellement la page, et poster des commentaires. De prime abord, l’internaute pourrait considérer cette offre d’un œil sceptique : pourquoi payer 3 euros par mois, alors que les blogs-BD sont en consultation gratuite, et reposent sur un système de commentaires en libre accès ? La réponse : 90 à 95% des fonds générés par lepavénumérique.com sont reversés aux auteurs, le reste (donc 5 à 10%) est réservé à la gestion du site. Alors, pour reprendre la définition du Petit Robert, s’agit-il d’un « événement inattendu qui apporte la surprise et le trouble dans une situation tranquille » ?  Oui et non. Oui, car rares sont les projets assurant aux auteurs une aussi large part des revenus récoltés. Une telle initiative, qu’il convient de saluer, est effectivement assez inattendue. Mais cette dernière est-elle susceptible d’apporter le trouble dans une situation tranquille, pour reprendre la deuxième partie de la définition? La réponse est évidemment non, dans la mesure où le monde de la BD numérique ne connaît ni la tranquillité ni la stabilité, mais est au contraire marqué par des tentatives, des expérimentations diverses et variées, qui tantôt se transforment en réussite et suscitent admiration et soutien, tantôt se perdent dans les bas-fonds du net, oubliées de tous. Un monde en constante ébullition, en quelque sorte…

Je répète donc l’adresse, pour les plus intéressés: www.lepavenumerique.fr. Si le projet est encore balbutiant (comme l’atteste le design encore assez austère du site), espérons que ce nouveau diffuseur trouvera vite son public et donnera, pourquoi pas, des idées aux autres acteurs de la scène numérique. Signalons néanmoins qu’une présentation détaillée du staff, de ses motivations et de ses objectifs serait la bienvenue. Car pour le moment, le visiteur n’a qu’une seule phrase à se mettre sous la dent : « Les œuvres présentées sont sélectionnées par une équipe éditoriale constituée d’auteurs maison, qui travaillent bénévolement ». Il en faut plus pour satisfaire la curiosité des lecteurs potentiels :).  Peut-être dans une prochaine mise à jour ?

PS : Après réflexion, il se peut que le terme « pavé » fasse allusion à la quantité de textes et de BD que l’équipe espère héberger (un peu comme on dirait « quel pavé ! », en parlant d’une thèse par exemple), et non à l’expression « un pavé dans la mare ». C’est pourtant à cette dernière que j’ai relié, par une sorte de jeu d’associations que je ne m’explique pas, l’intitulé du site. Si mon interprétation est erronée, il est bien évident que mes recours au Petit Robert tombent à l’eau (pour ne pas dire, dans la mare…).

Les explorations numériques d’EspritBD

Le blog EspritBD propose depuis quelque temps une chronique intitulée « explorations numériques ». L’objectif est simple : décrire 3 ou 4 BD numériques  qui sortent des sentiers battus, des créations originales de par leur esthétique, leur protocole de lecture, ou simplement leur scénario. Loin de se focaliser exclusivement sur les oeuvre les plus récentes, les explorations numériques reviennent aussi sur des projets vieux de quelques années, réalisés à une époque ou l’Internet et le haut débit commençaient à peine à se démocratiser.  En accomplissant ce travail d’archéologue, EspritBD permet aux  plus jeunes, ou tout simplement aux nouveaux lecteurs de BD numériques, de découvrir, entre autres, l’excellent When I’am king de Demian5, ou encore L’oreille coupée de Jean-François Bergeron et André-Philippe Côté*.  La chronique présente également certaines initiatives intéressantes, à l’exemple de l’application BDnag, laquelle offre des Turbomédia spécifiquement conçus pour smartphone ou tablette. Le mieux, bien sûr, sera d’explorer tout ceci par vous même :). Pour vous y aider, voici, dans l’ordre chronologique, l’ensemble des billets publiés à ce jour :

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-romance-indignes-petits-rats

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-2-turbomedia-zombies-et-regne-animal

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-3-applications-de-bd-numerique

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-4-musique-kidnapping-et-panneaux-geants

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-5-voyages-morts-vivants-et-super-heroines-en-3d

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-6-scenarios-participatifs-apocalypse-zombie-dromadaires

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-7-chateau-fort-fille-du-futur-et-cimetiere-qui-fait-peur

http://blog.espritbd.fr/explorations-numeriques-8-journalisme-metropole-sf-retour-futur

* Ces deux fictions ont d’ailleurs été soumises à une analyse dans le cadre d’un mémoire universitaire, écrit en 2001 : Et la bande dessinée rencontra l’ordinateur, enjeux des oeuvres numériques de bande dessinée sur la création artistique, de Laurène Streiff. Il est intéressant d’étudier comment, alors que la BD numérique faisait ses premiers pas, le monde de la recherche se l’appropriait en tant que nouvel objet d’étude (quels étaient les outils d’analyse privilégiés ? Quels critères ont présidé à la constitution du corpus ? etc.) Pour télécharger le mémoire : http://www.abdel-inn.com/theorie/laurene-streiff_bd-rencontre-ordinateur.pdf

Brève présentation de The Penguin of Death

L’une des planches de Penguin of death

Se balader sur l’appstore, c’est un peu comme chiner chez un bouquiniste. On regarde au hasard ,on tâtonne, puis une application nous fait de l’œil, alors on clique pour accéder à son descriptif, à la manière d’un bibliophile qui ouvre par curiosité un bouquin oublié de tous, attiré par le titre inscrit sur la tranche. Souvent, que ce soit sur l’Appstore ou sur les étagères poussiéreuses d’un bouquiniste de quartier, nos recherches se révèlent infructueuses. On tombe sur un nombre incalculable de vieilleries sans intérêt, on croise quantité de babioles que personne ne lira ni ne téléchargera. La plupart du temps, un lecteur passionné n’entre pas chez un bouquiniste sans avoir une idée précise de ce qu’il cherche : il peut s’agir d’un livre bien particulier édité à telle date par tel éditeur, ou bien d’ouvrages traitant d’un sujet spécifique, disons la botanique ou l’homéopathie, ou encore plus spécifique, par exemple Le développement de l’irrigation dans la paysannerie tchécoslovaque au début du XXème siècle.  Pour ma part, je vagabondais sur l’Appstore en suivant un objectif  plus simple : télécharger des BD numériques. Je tape donc « bande dessinée numérique » dans la barre de recherche, déterminé à fouiller et à trier les résultats dans l’espoir de trouver une perle. Pour commencer, me sont proposées les applications habituelles (AveComics, espritBD, Izneo etc.), puis vint le tour de quelques créations originales, uniquement disponibles sur l’Ipad, souvent des projets transmedia déclinés en comics, jeu vidéo et film d’animation. Enfin, mon regard s’arrête sur un titre pour le moins étonnant: The Penguin of Death. Je clique : le descriptif est assez succinct, peu d’informations, seulement deux screenshots pas très explicites, aucun commentaire d’utilisateur… Bref, c’est le flou complet. Dans un élan de curiosité incontrôlable, je me dis : que diantre, qui téléchargera verra. Et je clique.  Et j’ai bien fait, de cliquer… Mais qu’est-ce donc au juste que The Penguin of Death ? Eh bien, ce n’est rien d’autre qu’une BD numérique maîtrisée de la première à la dernière planche. Dans la forme, il est question d’une œuvre tout à fait banale, comme il en existe bien d’autres sur la tablette d’Apple. L’écran affiche toujours 4 ou 5 vignettes, les bulles apparaissant au fur et à mesure via une simple pression du doigt sur l’écran. Autrement dit, le processus de lecture se veut simple, conforme à ce qui se fait habituellement dans le monde encore balbutiant de la BD numérique. L’œuvre, en revanche, se démarque de la concurrence par son esthétique très « tim burtonienne », son scénario qui mêle habilement fantastique et investigation policière (pour faire bref : trois copains décident d’enquêter sur leur professeur, individu taciturne et esseulé, légèrement « timbré », dont les agissements ne manquent pas d’intriguer les trois détectives en herbe.). The Penguin of Death ne fait usage d’aucun effet visuel (mise en mouvement, zoom, effet de transition etc.), ni n’intègre de bruitages d’ambiance (bruit d’une porte qui grince, sonorisation des interjections ou onomatopées etc.). Seules quelques thèmes musicaux, tantôt guillerets tantôt plus lugubres (parfois les deux à la fois) accompagnent notre lecture. Bien entendu, il est fort probable que mon enthousiasme ne soit pas partagé par tous, mais les plus curieux pourront toujours tenter l’aventure, et ce sans débourser le moindre centime (les joies de la gratuité). Dans ces conditions, pourquoi se priver ?

Pour essayer The Penguin of Death : http://itunes.apple.com/fr/app/the-penguin-of-death/id489572016?mt=8